Coups de cœur 2025 : électro

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L’époque accélère. Trop d’écrans, trop de bruit, trop d’informations qui se bousculent. Alors on cherche des refuges. La musique électronique reste l’un des plus fiables. Pas seulement pour danser, mais pour décrocher, flotter, se recentrer. Certains albums accompagnent la nuit, d’autres le trajet du matin, d’autres encore transforment un salon en club imaginaire. Voici ceux qui ont marqué notre année : des disques qui brouillent les frontières entre expérimentation, pop et dancefloor, et qui rappellent que l’électro peut autant faire réfléchir que bouger.

Wide awake de Mechatok

Mechatok façonne une électronique moderne, presque futuriste, où les sons semblent polis comme du verre. Wide awake donne l’impression d’écouter la pop du lendemain : voix filtrées, rythmiques fragmentées, mélodies digitales qui apparaissent puis disparaissent aussitôt. On navigue entre club minimal, hyperpop discrète et ambient scintillante. Rien ne déborde, tout est précis, chirurgical, mais jamais froid. Un album qui s’écoute tard, casque sur les oreilles, quand la ville ralentit et que les détails prennent toute la place.

Music can hear us de DJ Koze

DJ Koze continue de creuser son sillon unique, quelque part entre house rêveuse, collages sonores et douce étrangeté. Chez lui, un beat n’arrive jamais seul : il traîne avec lui des voix fantômes, des samples tordus, des textures imprévisibles. Music can hear us ressemble à un laboratoire poétique autant qu’à un disque de club. C’est dansant, oui, mais toujours de travers, légèrement bancal, donc profondément humain. On croit reconnaître un morceau, puis il bifurque ailleurs. Koze ne suit aucune mode, il construit son propre monde — et on y entre avec plaisir.

Kinky dogma d’Irène Drésel

Irène Drésel poursuit son travail d’équilibriste entre puissance techno et lumière presque pop. Kinky dogma frappe plus fort, plus frontalement : kicks massifs, motifs répétitifs, tension permanente. Mais au milieu de cette mécanique industrielle surgissent toujours ces éclats mélodiques, ces nappes presque rêveuses, cette signature très personnelle qui rend sa musique immédiatement identifiable. Là où beaucoup choisissent l’obscurité totale, elle injecte de la couleur, de la chaleur, une forme de joie. Une techno physique, taillée pour le dancefloor, qui garde pourtant un vrai cœur émotionnel.

Lake fire de Loscil

Changement d’atmosphère. On quitte le club, on sort prendre l’air. Loscil travaille la matière sonore comme d’autres peignent des paysages. Pulsations lentes, nappes profondes, micro-variations presque imperceptibles : Lake fire est un disque qui respire plus qu’il ne progresse. On pense à de l’eau sombre, à un brouillard matinal, à des lumières lointaines. Rien ne cherche à attirer l’attention, et c’est justement pour ça qu’on y plonge. Une ambient contemplative, idéale pour ralentir le tempo du monde.

Tall tales de Mark Pritchard

Mark Pritchard, lui, raconte des histoires. Depuis toujours, il navigue entre IDM, ambient, electronica expérimentale, sans jamais se fixer. Tall tales ressemble à un carnet de récits sonores : textures étranges, rythmes discrets, mélodies fantomatiques qui surgissent puis s’effacent. Chaque morceau semble ouvrir une petite porte vers un ailleurs, parfois mélancolique, parfois presque enfantin. Ce n’est pas une musique spectaculaire, mais une musique d’imagination, qui donne envie de fermer les yeux et de laisser les images venir seules.

Au fond, ces disques racontent la même chose : l’électro n’est plus seulement une affaire de BPM ou de dancefloor, mais de sensations. Danser, flotter, se perdre, se retrouver. Ils sont disponibles à l’écoute et au prêt à la Médiathèque. Passez les découvrir, testez-les au casque ou sur une bonne enceinte, laissez-les vous accompagner. Parfois, il suffit d’un "play" pour changer la couleur d’une journée entière.

Jérémy, janvier 2026

Kinky dogma

Drèsel, Irène
"Kinky Dogma" est le deuxième album d'Irène Drésel. Il sort deux ans après son premier album "Hyper Cristal" (2019) KINKY est un terme anglais qui signifie "vicieux", "coquin", "pervers", "sexuel", "frivole". DOGME est un mot qui vient du grec "dokeo" et qui signifie "je crois, je pense". C'est l'opinion, la croyance. Le titre de cet album, de par le fait qu'il s'agit là d'un oxymore, rend compte immédiatement d'un concept antinomique, d'un rapprochement inattendu. Cet album contient 14 morceaux sur le fil entre mélodies...

Lake fire

Loscil
"Moins d'un mois après l'un des incendies les plus violents de l'histoire du continent, de nouvelles pousses ont jailli à travers la terre brûlée, nourries par les racines encore vivantes de ces arbres écorchés et noircis." John Vaillant, Fire Weather. Loscil (alias Scott Morgan) revient à Kranky avec Lake Fire, un album de neuf titres aux sonorités chargées de cendres qui exploitent la tension du cycle de destruction et de rajeunissement. Lake Fire est le résultat d'un processus créatif décousu. Conçue à l'origine comme une suite pour électronique et ensemble, la plupart des compositions originales ont été abandonnées, à l'exception de " Ash Clouds ", avec James Meager à la contrebasse. Les morceaux restants ont été remodelés et remixés, reconstruits à partir des restes de l'oeuvre abandonnée. Le résultat est un phénix, un album réduit en cendres pour être réassemblé à partir de ses cendres. Des fragments de l'original se cachent sous une toile sonore densément repeinte.

Music can hear us

DJ Koze
" Pure Love ", avec Damon Albarn (Gorillaz, Blur), est le premier single du très attendu nouvel album de DJ Koze, Music Can Hear Us. Ce nouvel album, qui fait suite au succès mondial "Knock Knock" (2018), qui s'est hissé à la 7ème place du classement allemand des albums et qui comprenait le tube mondial " Pick Up ", sortira le 4 avril 2025 sur le label Pampa Records. Il s'agit d'un voyage aller-retour de 64 minutes dans l'espace. La liste complète des titres et des invités sera dévoilée à la mi-janvier.

Tall tales

Pritchard, Mark
Aujourd'hui, le musicien et producteur, pionnier des musiques électroniques, Mark Pritchard et Thom Yorke, leader de The Smile et de Radiohead, annoncent leur premier album en duo, Tall Tales. Il fait suite à la sortie le mois dernier de " Back In The Game ", qui marquait la deuxième collaboration entre les deux artistes sur disque, après l'acclamé " Beautiful People ", paru sur l'album solo " Under The Sun " de Mark Pritchard pour Warp Records en 2016. Tall Tales, le premier album de Yorke sur Warp Records, est un disque multicouche, richement texturé, qui canalise à la fois de multiples récits et de multiples genres. Tout au long de ses 12 chansons éclectiques, l'album met en valeur la maîtrise de Pritchard des machines archaïques dénichées dans les archives de synthétiseurs, guidant la musique vers des chemins inattendus et expérimentaux. Yorke, quant à lui, livre une performance vocale obsédante et expansive, plongeant dans un récit sombre et introspectif.

Wide awake

Mechatok
Les passionné·es de musique électronique connaissent déjà Mechatok - alias Emir Timur Tokdemir - comme l'une des figures majeures de la pop et du rap expérimental actuels. Ces dix dernières années, entre tournées internationales et collaborations avec des artistes à la pointe de l'avant-garde (Drain Gang, Lorenzo Senni ou Charli XCX), le producteur munichois a patiemment affiné son style : une pop électronique à la fois sensible et expérimentale. Il la dévoile sur 'Wide Awake', son tout premier opus comptant parmi ses invité·es au tracklisting des figures montantes de l'hyperpop, du rap et du rnb (Bladee, Ecco2k, Isabella Lovestory).
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