Coups de cœur 2025 : pop-rock
L’époque n’a rien de très apaisant. Les fils d’actualité défilent, les certitudes vacillent, et l’ambiance générale oscille entre fatigue collective et nervosité permanente. Alors on fait comme on a toujours fait : on monte le son. Là où les musiques électroniques permettent de s’évader, le rock, lui, sert plutôt à encaisser. À transformer la tension en énergie, la lassitude en mouvement. Guitares saturées, batteries sèches, voix trop proches du micro : une musique pour marcher plus vite, pour respirer plus fort. Petit tour des disques qui ont accompagné notre année 2025.
Sunlight in the shadows de Miles Kane
Miles Kane poursuit sa trajectoire d’élégant du rock britannique. Silhouette toujours impeccable, sens du riff immédiat, héritage sixties assumé, mais quelque chose s’est assombri. Moins flamboyant, plus introspectif, presque mélancolique par endroits. Sous le vernis solaire, les ombres gagnent du terrain. Les morceaux gardent cette efficacité très pop, mais avec une gravité nouvelle, comme un coucher de soleil un peu trop beau pour être complètement joyeux. Un album classe, racé, qui s’écoute aussi bien en voiture qu’au casque, en fin de journée.
Caviar de Heavy Lungs
Nom chic, musique sale. Heavy Lungs ne fait aucune concession : ça hurle, ça cogne, ça déborde. Un punk noise tendu comme un câble électrique, enregistré comme s’il devait exploser à tout moment. Caviar est court, brutal, presque inconfortable, et c’est exactement le but. On est plus proche d’une cave moite que d’une salle bien sonorisée. Une énergie primaire, cathartique, parfaite pour se défouler quand tout le reste semble trop lisse.
Moisturizer de Wet Leg
Wet Leg confirme qu’on peut être drôle sans être anecdotique. Leur rock minimaliste, faussement nonchalant, balance toujours entre second degré et refrains ultra-accrocheurs. Moisturizer sonne plus musclé que leur premier album : guitares plus épaisses, rythmique plus frontale, mais la fraîcheur est intacte. On y retrouve cette façon très britannique de parler de choses banales avec un humour absurde, presque dadaïste. Résultat : on sourit, on danse, et les morceaux restent en tête toute la semaine.
The Hives forever forever The Hives de The Hives
Les Hives ne changent jamais. Et c’est précisément pour ça que ça marche. Toujours les costumes noir et blanc, toujours les riffs garage ultra-simples, toujours cette arrogance délicieusement théâtrale. Le groupe suédois livre un album qui ressemble à un concert permanent : rapide, nerveux, sans respiration. Pas de détour, pas de concept, juste du rock’n’roll brut et jubilatoire. Comme un expresso avalé debout au comptoir : court, intense, indispensable.
Evenfall de Sam Akpro
Plus nocturne, plus urbain, Sam Akpro s’éloigne du rock frontal pour quelque chose de plus brumeux. Post-punk, dub, spoken word, textures presque électroniques : Evenfall avance à pas feutrés. On pense à une ville sous la pluie, aux néons qui se reflètent sur l’asphalte, aux trajets solitaires casque sur les oreilles. Ce n’est pas un disque qui cherche l’explosion, mais l’immersion. Il murmure plus qu’il ne crie, et c’est justement ce qui le rend captivant.
Sable, fable de Bon Iver
Parenthèse sensible au milieu de toute cette tension. Bon Iver continue d’explorer ses paysages intérieurs, entre folk fragile, expérimentations sonores et bidouillages électroniques. Sable, Fable ressemble à un carnet intime mis en musique. Les morceaux semblent parfois se construire sous nos oreilles, comme des esquisses qui prendraient vie. On baisse naturellement le volume pour mieux écouter. Un album délicat, presque tactile, qui suspend le temps quelques instants.
Private music des Deftones
Les Deftones restent maîtres dans cet art unique : être lourds sans être pesants. Guitares massives, ambiances vaporeuses, voix aérienne, quelque part entre métal alternatif et shoegaze. Private music joue davantage sur les textures que sur la démonstration de force. C’est dense, sensuel, parfois hypnotique. Une musique qui enveloppe plus qu’elle n’agresse, à écouter fort pour en sentir toutes les vibrations. Toujours aussi mélancolique, toujours aussi puissant.
Le rock n’a peut-être plus la prétention de changer le monde, mais il continue de nous aider à tenir debout. Ces albums sont autant de façons de crier, danser, réfléchir ou simplement respirer un peu plus fort. Ils sont bien sûr disponibles à l’écoute et au prêt à la Médiathèque : passez les découvrir, empruntez-les, laissez-vous surprendre. Parfois, la meilleure thérapie tient juste dans une paire d’enceintes et trois accords bien envoyés.
Jérémy, janvier 2026
