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Sélection 2021 jazz & blues

 

On débute cette sélection jazz en fanfare, ou presque, avec Alban Darche & Le Gros Cube, orchestre rutilant qui fait des étincelles sur un album composé et arrangé aux petits oignons par son leader, et judicieusement titré Le Gros Cube #2.

C'est au sein d'une formation un peu plus restreinte baptisée Supersonic que Thomas de Pourquery poursuit ses explorations musico-spatiales. Avec Back to the Moon, le saxophoniste-acteur et désormais chanteur fait le lien entre le jazz cosmique de Sun Ra et le rock des années 70.

Planons encore un peu avec deux visions de l'electro-jazz atmosphérique : l'une au charme glacé distillée par un pionner du genre, le trompettiste Nils Petter Molvaer, sur Stitches ; l'autre aquatique et chaleureuse proposée par le Californien Carlos Nino sur le lumineux More energy fields, current.

Lumineuse, un qualificatif qui va comme un gant à Airelle Besson dont Try !, second album avec son quartet, transforme avec brio l'essai de Radio one (2016). On y retrouve la même alchimie particulière entre sa trompette et la voix d'Isabel Sörling.

Dans un style plus classique, Samara Joy s'impose comme la révélation "jazz vocal" de l'année. Son chant, d'une aisance et d'un naturel confondants, illumine un 1er album sans titre très prometteur où brille également le guitariste Pasquale Grosso.

La guitare, celle de Kevin Eubanks en l'occurrence, est aussi à l'honneur dans le trio de Dave Holland, qui louvoie de belle manière entre jazz, funk et blues pour nous faire découvrir Another land.

6 cordes ne vous suffisent pas ? Optez pour Reinhardt memories du trio 100% guitare formé par Noé Reinhardt avec Samy Daussat et Katia Schiavone, étoile montante d'un jazz manouche-mais-pas-que.

On referme la parenthèse guitaristique sur les sonorités brésiliennes de Flor, qui marque le retour de la chanteuse américaine Gretchen Parlato. Qui dit Brésil dit évidemment guitare et c'est Marcel Camargo qui met l'instrument à l'honneur sur ce bel album.

Un vent africain ouvre MP85, dernier opus en date (on ne les compte plus) de Michel Portal. Au saxo et à la clarinette, le compositeur basque y célèbre ses 85 ans entouré d'un quartet à la vitalité contagieuse.

Cap sur Addis Abeba avec Sama'i, 1er album très réussi des Bruxellois d'Azmari, nouveau venu parmi les groupes tombés dans la marmite du groove éthiopien qui donne une pêche surhumaine.

Les sonorités urbaines se télescopent sur Blk2life // A future past, un concept-album signé par le trompettiste Theo Croker et qui sonne un peu comme une version contemporaine du RH Factor de Roy Hargrove.

Pour ce qui est de regarder en arrière, Paul Lay n'a pas fait les choses à moitié : son album Full solo est inspiré par Beethoven ! Les œuvres du compositeur allemand n'y sont pas simplement jazzifiées mais bien revisitées par un pianiste de jazz virtuose, inventif et sensible.

La musique classique est aussi au menu de En attendant, enregistré en trio par le pianiste polonais Marcin Wasilewski. Les compositions de ce dernier y côtoient en effet une variation de Bach, mais aussi un thème de Carla Bley et le fameux "Riders on the storm" du groupe rock The Doors. Le tout dans un clair-obscur qui rappelle que Marcin a longtemps accompagné son compatriote Tomasz Stanko.

On reste dans l'esthétique épurée du label ECM avec le superbe Garden of expression, enregistré par le saxophoniste Joe Lovano, la pianiste Marilyn Crispell et le batteur Carmen Castaldi. Un trio baptisé Tapestry qui tisse un paysage sonore invitant à la contemplation.

Autre trio, autre ambiance : M.O.M. a réuni Louis Moutin, Jowee Omicil et François Moutin le temps d'un disque qui respire la spontanéité et le plaisir de jouer. Les jumeaux français (batteur et contrebassiste) fournissent une rythmique de choc au saxophoniste américain.

Au rayon blues, Cedric Burnside est un trio à lui tout seul : chanteur, guitariste et batteur, une multiplicité de talents qui lui permet d'enregistrer seul une version actuelle du Mississippi country blues hérité de son grand-père Robert Lee. Sur I be trying, Reed Watson (batterie) et quelques invités atténuent parfois ce dépouillement sans en atténuer la puissance hypnotique.

Une formidable énergie traverse également 2 albums publiés sur le label Alligator par 2 guitaristes que 44 ans séparent. Raisin' cain, signé Chris Cain, propose un blues volontiers jazzy, voire funky, avec cuivres et solos brûlants du patron, qui n'est pas sans évoquer B.B. King, tant au chant qu'à la guitare.

Quant à Christone Kingfish Ingram, il fait preuve d'une maturité étonnante pour ses 22 ans. Son blues tire souvent vers le rock mais le bonhomme maîtrise aussi l'idiome funk et les ballades acoustiques. 662 n'est que le second album d'un bluesman dont on n'a sans doute pas fini d'entendre parler…

Jérôme