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Sélection 2020 jazz & blues

 

 

 

Décollons en douceur pour vite prendre de l’altitude avec le guitariste/chanteur norvégien Stein Urheim. Son album Downhill uplift est un fascinant mélange de jazz modal, de pop et de folk-rock offrant une vision fantasmée des grands espaces américains.

En matière d’éclectisme et de paysages sonores guitaristiques, Bill Frisell fait depuis longtemps figure de spécialiste. Particulièrement inspirées, ses relectures en trio de standards et de thèmes personnels font de Valentine un des sommets de sa longue discographie.

Dans un registre plus classique, mais tout aussi convaincant, c’est également en trio (avec Scott Colley et Brian Blade, parfaits) que le guitariste autrichien Wolfgang Muthspiel a enregistré Angular blues pour le label ECM.

Le fameux label allemand a également publié Big vicious, sur lequel le trompettiste Avishai Cohen fusionne les styles (jazz, rock, funk, electro) sans perdre en cohérence, à la tête d'une formation qui révèle le guitariste Uzi Ramirez.

Impossible de parler de guitariste jazz sans évoquer l'un des plus intéressants d'entre eux, l'Américain Julian Lage. Son trio offre un soutien de rêve à la chanteuse Petra Haden sur Songs for Petra, disque entièrement constitué de thèmes signés John Zorn et Jesse Harris, ce dernier étant lui-même présent à la guitare et aux claviers. Du jazz vocal tendance pop-rock tout sauf mièvre. [Aucun titre en ligne mais vous pouvez entendre 4 extraits de l'album dans l'émission Open Jazz du 2/11/2020 sur le site de France Musique.]

Par ses arrangements autant que son instrumentation, c'est vers les années 1960-70 que lorgne le pianiste anglais Greg Foat sur son dernier opus, Symphonie pacifique, un bijou de jazz atmosphérique planant.

Après avoir accompagné la chanteuse Elina Duni, le pianiste Marc Perrenoud revient en trio pour un album sensible et onirique très justement intitulé Morphée.

Si vous préférez la danse au rêve, optez pour Meetings, second album d'Adrien Brandeis : le jeune pianiste l'a enregistré avec des musiciens cubains et ça s'entend !

Les influences caribéennes sont aussi présentes sur Mare undarum de Sélène Saint-Aimé, autre révélation de cette année 2020. Soutenue notamment par les tambours de Sonny Troupé, la contrebassiste et chanteuse fait preuve d'une liberté et d'une maturité remarquables.

Lui chante depuis des années, sans avoir vraiment rencontré le succès en France : le Chicagoan Kurt Elling s'est associé au pianiste panaméen Danilo Perez (pilier du groupe de Wayne Shorter) pour un disque au titre alléchant, Secrets are the best stories, qui tient toutes ses promesses. En plus de sa maîtrise vocale exemplaire, Kurt Elling s'y révèle également fin parolier, amateur de littérature et artiste engagé.

La rencontre entre Nils Petter Molvaer et Mino Cinelu est aussi celle de 2 îles : Sula (en Norvège) et Madiana (la Martinique). Improbable sur le papier, l'association se transforme en évidence musicale sur SulaMadiana, où la trompette éthérée de l'un et les percussions telluriques de l'autre s'accordent à merveille.

Sans tambour ni trompette, c'est une ambiance plus feutrée qu'instaurent Franck Tortiller (vibraphone) et Misja Fitzgerald-Michel (guitare acoustique) sur Les Heures propices, superbe dialogue poétique entre deux esprits jumeaux.

Vous avez dit jumeaux ? C'est justement le titre de l'album réunissant les 8 musiciens du Collectif La Boutique, dirigé par le trompettiste Fabrice Martinez, et un invité de marque : l'accordéoniste Vincent Peirani. Consacré au répertoire de Jean-Rémy Guédon, Twins est aussi inventif que flamboyant !

Autre mini big-band inspiré par les jumeaux : le Grand Impérial Orchestra (GRIO pour les intimes) dont le titre "Cult of twins" ouvre Music is our mistress, un album qui croise influences africaines et clins d'œil aux grandes formations historiques de Charles Mingus, Carla Bley ou Duke Elliongton.

Inventeur il y a un siècle d'un style orchestral baptisé "jungle", Ellington aurait sans doute apprécié Les Voies de l'Oyapock, second album immersif du groupe No Tongues, dans lequel les enregistrements de terrain sont source d'expérimentations musicales. Un projet ethnomusicologique autant qu'artistique qui nous embarque dans un hallucinant voyage sonore en Amazonie.

Enfin, c’est dans une jungle purement imaginaire qu’évolue le Tigre d’Eau Douce, groupe percussif et bondissant qui accompagne le saxophoniste Laurent Bardainne dans ses aventures au titre consolateur : Love is everywhere. Un baume musical bienvenu en ces temps mouvementés.

Les raisons d’avoir le blues n’ont pas manqué en 2020. Une aubaine pour Roomful of Blues, institution de Rhodes Island a la longévité remarquable, adepte d’un blues cuivré et revigorant. In a roomful of blues est le 19ème album du groupe !

40 ans de carrière n’ont pas non plus entamé l’enthousiasme de Robert Cray : il a publié le très convaincant That’s what I heard, bel équilibre entre morceaux pêchus et titres plus lents, où ses solos de guitare (toujours pertinents, jamais demonstratifs) et sa voix font merveille.

Et si, à l’heure du bilan de l’année écoulée, certains hésitent à regarder en arrière, d’autres au contraire y trouvent du réconfort et un soutien précieux. C’est le cas de Dedicated Men Of Zion, groupe de gospel sous influence soul & blues aux préoccupations sociales marquées. Leur titre "When I look back", tiré de Can’t turn me around, viens clore cette sélection 2020 avec une ferveur spirituelle bienvenue.

Jérôme