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Hommage à Juan Marsé

Juan Marsé, né le 8 janvier 1933 à Barcelone et mort le 18 juillet 2020 dans cette même ville, est un écrivain, traducteur et scénariste espagnol et catalan. Barcelone est au cœur de ses livres. Une Barcelone populaire, parfois interlope, dans les faubourgs de laquelle il a grandi et qu’il dépeint dans un style réaliste, sensuel et sombre, salué par ses contemporains.

Orphelin de mère juste après sa naissance, Juan est confié par son père à un couple qui venait de perdre son nouveau-né : les Marsé, (infirmière et dératiseur de cinémas) qui l’adoptent. Dans l’après-guerre civile, le père adoptif du futur écrivain sera emprisonné en tant que communiste et républicain. À l'âge de treize ans, Juan Marsé entre en apprentissage de joaillerie pour aider sa famille. Il entame l'écriture de son premier roman lors de son service militaire. Enfermés avec un seul jouet, centré sur une jeunesse bourgeoise désorientée après la guerre civile, sera publié en 1961, dans un milieu littéraire où l’écrivain ouvrier fait figure de rareté.

Fuyant l’atmosphère de dictature, Juan Marsé travaille deux ans à Paris à partir de 1961, comme garçon de laboratoire à l'Institut Pasteur, et il donne des cours d'espagnol à la fille du pianiste Robert Casadesus. Cette dernière expérience aurait inspiré l’un de ses plus célèbres et attachants romans d’apprentissage, Teresa l’après-midi (1965), « chronique d’une passion transgressive et finalement calamiteuse » entre un jeune voyou qui aspire à plus de richesse et une étudiante aisée des quartiers résidentiels de Barcelone. Le roman, visé par la censure franquiste pour « immoralité » et « gauchisme », reçoit cependant le prix Biblioteca Breve en 1965, et la même année, Juan Marsé, entre au Parti communiste espagnol et commence à écrire des scénarios pour le cinéma.

Un autre roman, Adieu la vie, adieu l’amour (Si te dicen que cai) est censuré. Écrit en 1973 et inspiré par son enfance, Marsé y introduit un pan d’histoire de la résistance antifranquiste à Barcelone à partir de 1945. Le livre est d’abord publié et primé au Mexique avant de pouvoir être édité en Espagne en 1975, après la mort de Franco. L’auteur continue de consacrer ses romans suivants à dépeindre la vie de Barcelone dans l'après-guerre d'Espagne. Il reçoit le prestigieux prix Planeta en 1978, pour La Fille à la culotte d'or adapté au cinéma par Vicente Aranda en 1980. Ce dernier adaptera également Adieu la vie, adieu l'amour en 1989 puis L'amant bilingue. En 2004, c’est Fernando Trueba qui adapte Les nuits de Shangaï. Une présentation de ce dernier livre pourrait résumer l'atmosphère des romans de Juan Marsé : "Souvent pessimiste, spécialiste des héros manqués et des personnages déglingués, l'écrivain catalan signe ici l'un de ses livres les plus émouvants, porté par un romantisme qui n'exclut ni l'humour, ni la véhémence."

Après avoir reçu le Prix Juan Rulfo pour l'ensemble de son œuvre en 1997, Juan Marsé reçoit en 2008 le prix Cervantès, considéré comme le Nobel des lettres hispaniques. L’œuvre littéraire de Juan Marsé est considérée par beaucoup d’autres écrivains, tels Mario Vargas Llosa ou Michel del Castillo, comme l’une des plus importantes du XXème siècle, en langue espagnole.

Pour plus d'informations, voir les articles du Monde, consacrés à cet auteur.

Juan Marsé