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Café culturel de septembre 2020

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Adrien Borne. Mémoire de soie

J.C. Lattès 2020

Le Service militaire

Emile, vingt ans, part à Montélimar, faire son service militaire. Sa mère n’a témoigné aucune tendresse particulière, si ce n’est qu’elle lui a glissé dans son sac le livret de famille.
Mais ce petit livre gris lui réserve une surprise. Si le nom de sa mère, Suzanne, figure bien dessus, à la place du père un autre prénom, Baptistin, qu’il ne connaît pas.
Mais qui est cet homme ? Et pourquoi personne ne lui en a parlé ?

La Grande guerre

À La Cordot, le petit village d’Emile, on ne parle pas de cette guerre-là, encore moins dans sa famille.
Ni de l’ancienne magnanerie, dernière fierté familiale, où on a élevé des vers à soie jusqu’en 1918. C’est pourtant là que Suzanne qui dévide les cocons et Baptistin qui les élève se rencontrent, leur amour est fragile comme les fils de soie.
La guerre et la grippe espagnole vont passer par là et Baptistin sera oublié et effacé de l’histoire familiale.

Le Secret

Emile va devoir dévider le cocon et tirer les fils pour remonter son histoire et découvrir ce que sa mère, Suzanne, a tu pendant vingt ans.

Premier roman à l’écriture âpre, heurtée, avec des personnages enfermés dans leurs tragédies. Il raconte la mécanique de l’oubli où malgré tout, l’amour est là et la vie qui s’obstine et s’accommode.
Son auteur est aux commandes du journal télévisé LCI Midi.

Brigitte D.

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Lola Lafon. Chavirer

Actes Sud, 2020

Rêve de gloire

1984. Cléo, treize ans, banlieusarde longiligne et timide qui se cache derrière sa frange blonde, ne vit que pour la danse. A l’issue de l’un de ses cours de modern jazz, elle est abordée par une femme élégante, Cathy, membre de la Fondation Galatée qui attribue des bourses d’études à des jeunes filles prometteuses. La mystérieuse Cathy, mèches acajou et manteau de cachemire, propose à Cléo de la coacher pour qu’elle présente sa candidature. "Plus belle qu'une mère et plus fascinante qu'une copine", Cathy guide l’adolescente dans les quartiers chics de la capitale, lui offre un parfum de luxe, l’emmène au spectacle, bref, la sort de sa petite vie étriquée à Fontenay-sous-bois, et lui fait miroiter une formation à New-York assortie d’une carrière de danseuse internationale.

Le piège se referme

Lors du prétendu déjeuner de sélection dans un hôtel de luxe, les candidates se retrouvent chacune dans un petit salon avec un homme d’âge mûr qui tente d’abuser d’elle. Ayant résisté, Cléo n’est pas sélectionnée, mais devient l’une des nombreuses « assistantes » de Cathy, chargées de recruter d’autres proies. Espérant obtenir la bourse l’année suivante, Cléo exerce sa nouvelle fonction avec beaucoup de zèle.

Les larmes et les paillettes

Nous retrouvons Cléo dix ans plus tard, alors qu’elle est devenue danseuse dans les émissions de variété du samedi soir, comme ceux et celles qu’elle admirait tant à l’adolescence. Incapable d’oublier les forfaits dont elle a été complice par le passé, elle tente de se forger une carapace, sous le fond de teint et les faux-cils, mais peine à s’épanouir dans sa vie privée, et devient de plus en plus sauvage. C’est finalement dans les bras de sa colocataire, la première personne à qui elle confiera son passé, qu’elle trouve un semblant d’apaisement.

Appel à témoins

Mais en 2019, la police lance un appel à témoin pour retrouver les victimes du réseau Galatée, et le passé de Cléo lui revient comme un boomerang.
Au-delà du fait qu’il dénonce les réseaux de pédophilie qui ont vu le jour dans les années 80-90, ce roman nous interroge plus largement sur nos propres lâchetés, sur toutes les batailles que nous n’avons pas menées, sur tous les abus que nous avons laissé faire, sans vraiment en mesurer les conséquences. "Ce n'est pas ce à quoi on nous oblige qui nous détruit, mais ce à quoi nous consentons qui nous ébrèche ; ces hontes minuscules, de consentir journellement à renforcer ce qu'on dénonce".  

Écrivaine, danseuse et musicienne, Lola Lafon est née en France en 1975, a grandi en Bulgarie puis en Roumanie, et a vécu quelque temps à New York. Elle est l’auteur de six romans et deux albums de chansons, et a créé avec la danseuse Etoile Marie-Agnès Gillot le spectacle Irrévérence(s) au Festival d’Avignon en 2014. Elle s’affirme en tant que féministe, et la plupart de ses romans donnent la parole à des femmes qui n’ont pas pu la prendre.
Ce qui intéresse Lola Lafon « ce sont les questions que l’on se pose : comment combat-on ce monde immoral ? Comment se bâtit-on un regard critique ? »  

Agnès

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Jessie Burton. Les Secrets de ma mère

Gallimard, 2020

La Rencontre

1980, à Londres, Elise Morceau rencontre Constance Holden, écrivaine à succès charismatique, et tombe sous son charme. Elle la suit à Los Angeles pour l’adaptation de son dernier livre par un des plus gros studios d’Hollywood. Connie s’adapte très rapidement à cette nouvelle vie, mais Elise perd pied dans ce monde fait de mensonges et de paillettes.

Rose

2017, Rose Simmons cherche des réponses sur sa mère qu’elle n’a jamais connue. Celle-ci est partie alors qu’elle n’était qu’un bébé. Rose travaille dans un café et vit avec un homme qu’elle n’aime plus vraiment. Son père vit désormais en Bretagne avec une nouvelle compagne. Un jour, il lui donne deux romans de Constance Holden. Et lui avoue que sa mère et Constance étaient amantes.

Le Mensonge

Rose décide de rechercher Constance qui s’est retirée de la vie publique et vit en recluse. Un concours de circonstances lui permet de s’introduire dans sa vie sous une fausse identité. 
Elle devient vite indispensable à Connie qui a les mains rongées par l’arthrose.
Rose se met en quête d’indices sur sa mère tout en s’attachant à Connie.

Jessie Burton, auteure du Miniaturiste, dresse cette fois des portraits de femmes, à la fois fragiles et charismatiques où les hommes apparaissent en filigrane. C’est également une plongée dans les coulisses du milieu littéraire et cinématographique et une exploration de la maternité.

Brigitte D.

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Brit Bennett. L’Autre moitié de soi

Autrement 2020

De drôles de jumelles

À Mallard dans le sud des États-Unis, depuis plus d’un siècle, les gens de couleur, par métissage donnent naissance à une progéniture dont la teinte est de plus en plus claire, au point qu’ils pourraient presque passer pour des Blancs.
Désirée et Stella Vignes, 16 ans, disparaissent un beau jour.
1968, Désirée revient avec Jude, une petite fille si noire que les habitants crient au scandale et à la provocation. Mais elle n’en a cure, elle revient vivre chez sa mère, fuyant un mari violent.
Elle n’a plus de nouvelles de Stella, qui mène une vie de jeune femme blanche.

Stella

Stella est partie sans donner de nouvelles à Désirée depuis quinze ans. Cette dernière a du mal à vivre sans cette moitié, elle lui manque. Stella de son côté s’est installée dans le mensonge avec un mari blanc, riche financier et une petite fille, Kennedy qui n’obtient jamais de réponse sur le passé de sa mère. Comment pourrait-elle ?

La Fissure

Vingt ans plus tard, Kennedy et Jude vont se rencontrer lors d’une soirée où Jude fait des extras pour un traiteur.
Et lorsque Stella entre dans la pièce, Jude est stupéfiée. Elle n’aura de cesse de retrouver la trace de la jumelle de sa mère, quitte à mettre en danger l’imposture dans laquelle Stella vit.
Roman magistralement mené et parfaitement abouti sur la quête identitaire et la personnalité des jumeaux. Avec des thèmes chers au cœur de l’auteure, comme le racisme, la ségrégation, la filiation et les racines, car qui est-on vraiment ?

Brigitte D.

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Hadrien Bels. Cinq dans tes yeux

L'iconoclaste, 2020

Marseille, ses vieux quartiers, ses nouveaux bobos. Un premier roman drôle et acide à la langue ultra-contemporaine.

Son surnom, Stress, c’est Nordine qui le lui a donné. C’était les années 90, dans le quartier du Panier, à Marseille, au-dessus du Vieux-Port. Il y avait aussi Ichem, Kassim, Djamel et Ange. Tous venus d’ailleurs, d’Algérie, des Comores ou du Toulon des voyous. Sur la photo de classe, à l’époque, Stress était facilement repérable, avec sa peau rose. Et sa mère, Fred, issue d’une vieille famille aristocratique, était une figure du quartier. La caution culturelle. Mais aujourd’hui, les pauvres ont été expulsés du Panier, les bobos rénovent les taudis et les touristes adorent arpenter ses rues tortueuses. Ses anciens potes sont devenus chauffeur de bus, agent de sécurité, dealer ou pire. Un peu artiste, un peu loser, Stress rêve, lui, de tourner un film sur son quartier d’enfance, et de leur faire rejouer leurs propres rôles de jeunes paumés, à coups de scènes colorées et d’arrêts sur image. Les descentes à la plage ou dans les boîtes de nuit, les bagarres et les parties de foot. On retrouve dans cette fresque drôle et acide le Marseille d’hier et d’aujourd’hui, ses quartiers, ses communautés. Tout est roman et tout sonne vrai, dans ce livre à l’écriture ultra-contemporaine, mixée d’arabe. 

Présentation éditeur

Joli coup d'essai pour Hadrien Bels et son premier roman.
Cinq dans tes yeux (dont le titre est la traduction littérale d’une expression arabe visant à se prémunir contre le mauvais sort ) est vif et bien construit. Le rythme et la langue sont assez extraordinaires. On y ressent la « tchatche » marseillaise, on y goûte ce français vivant mâtiné d’arabe et d’expressions d’ailleurs, les « punchlines » et raccourcis humoristiques abondent (presque trop) et, comme ces adolescents devenus rapidement adultes, on passe rapidement du sourire à l’amertume.
Il est rafraîchissant et presque salutaire de lire actuellement un roman sur cette ville autre qu’est Marseille. Un roman rédigé en hommage aux habitants qu’a connu l’auteur. C’est à la fois un roman générationnel (le narrateur était adolescent dans les années 90, dans le quartier populaire du Panier) et sociologique. La gentrification et le sentiment de relégation parcourent tout le livre, le sentiment de relégation surtout, qui ne se dit pas et se décline sous de multiples facettes à travers l'expérience du narrateur et de ses compagnons. 

Cette amertume, parfois un peu trop forte peut-être, est rachetée par le style, l’art du récit et les capacités visuelles de l’auteur. Celui-ci, réalisateur et vidéaste comme son personnage, possède un talent incroyable pour ciseler des dialogues, des situations ou faire tomber une chute. En une phrase courte, il peut également résumer une façon de marcher. À suivre !

Sandrine

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François Bégaudeau. Un enlèvement

Verticales, 2020

Une famille n’est jamais autant une famille qu’en vacances. En vacances on voit sa peau.
Durant leur congé estival à Royan, les Legendre sont très performants : la mère excelle en communication de crise, la petite en piano, et le père en running. Sa montre GPS compte ses pas. Chaque jour davantage de pas. Cette famille de la bourgeoisie parisienne est en croissance.
Seul le petit dernier tarde à performer. Tarde à apprendre à lire. Ou refuse d’apprendre. Il fait peut-être de la résistance passive.

(Présentation éditeur)

« En fait, Bégaudeau, c’est une teigne. C’est une qualité chez un écrivain » Frédéric Beigbeder.

 

Rester dans la course et courir pour ne pas penser

Après Histoire de ta bêtise, l'auteur d'Entre les murs continue de brocarder, sur le mode de la satire cette fois, les comportements individualistes et autocentrés acquis à l’idéologie capitaliste néolibérale et aux injonctions hygiénistes contemporaines, qui lui sont souvent concomitantes. A travers le portrait féroce et drôle de cette famille – et surtout du père, le plus souvent insupportable (voir indigne ou détestable), mais pour lequel on se prend parfois à éprouver une sorte d’empathie compassionnelle, - hantée par la performance  (sociale, physique, scolaire, nutritionnelle, de qualité de vie, de longévité…), prise dans des contradictions entre idéal et réalité (l’application du féminisme, la non-violence)  irriguée par l’éducation positive, le bio vécu comme un simple produit de consommation à destinations des plus aisés, l’obsession des résultats,  la délégation addictive et quantifiée des ressentis corporels à des outils numériques connectés (ou d’accompagnement scolaire à des coachs-thérapeuthes) et habitée par un indéniable je-m’en-foutisme social et écologique (les parents oeuvrant dans l’optimisation fiscale et la communication de crise par exemple),  François Bégaudeau nous parle aussi de nous, et nous tend un miroir de nos faiblesses, de ce que l’on conscientise ou pas et de ce que l’on accepte ou pas dans la société dans laquelle nous vivons.

Car évidemment, l’auteur nous montre aussi la pression que ressent et transmet ce couple de petits-bourgeois pour rester sans cesse dans la course, professionnellement, physiquement et socialement, sans qu’ils ne souhaitent remettre en question les fondements du système qui les maintient dans cette vision concurrentielle de la vie et ce faisant, dans une fuite en avant aussi égoïste, prédatrice et usante que perpétuelle.

Une satire réussie

Jouant avec la culture commune actuelle, utilisant divers registres d’humour, exploitant l’égoïsme et la légèreté du personnage principal dans un style vif et concis, François Bégaudeau fait mouche et nous offre une satire efficace, très drôle et très enlevée.

Des angoisses humaines et contemporaines

Le personnage principal, aussi caricatural soit-il, reste cependant d'autant plus humain qu'il semble habité à son insu par une angoisse presque métaphysique de la mort et du déclassement, ce dernier élément résonnant particulièrement actuellement, dans toutes les strates de la société, selon Emmanuel Todd dans son dernier ouvrage  : Les luttes des classes en France au XXIe siècle. François Bégaudeau met également le doigt, dans ce livre, sur le sentiment de malaise dû à l'impression  diffuse de "retard culturel" permanent de l'être humain sur son environnement technique et sociétal, phénomène engendré par les préceptes de nos sociétés capitalistes (ultra)libérales, et analysé par Barbara Stiegler dans son ouvrage critique sur les origines du néolibéralisme : "Il faut s'adapter" : sur un nouvel impératif politique.

 Sandrine

 

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Nicolas Rodier. Sale bourge

Flammarion, 2020

Pierre passe la journée en garde à vue après que sa toute jeune femme a porté plainte contre lui pour violences conjugales. Pierre a frappé, lui aussi, comme il a été frappé, enfant. Pierre n’a donc pas échappé à sa « bonne éducation » : élevé à Versailles, il est le fils aîné d’une famille nombreuse où la certitude d’être au-dessus des autres et toujours dans son bon droit autorise toutes les violences, physiques comme symboliques. Pierre avait pourtant essayé, lui qu’on jugeait trop sensible, trop velléitaire, si peu « famille », de résister aux mots d’ordre et aux coups.
Comment en est-il arrivé là ? C’est en replongeant dans son enfance et son adolescence qu’il va tenter de comprendre ce qui s’est joué, intimement et socialement, dans cette famille de « privilégiés ».
Dans ce premier roman à vif, Nicolas Rodier met en scène la famille comme un jeu de construction dont il faut détourner les règles pour sortir gagnant.

(Présentation éditeur)

Dans ce premier roman psychologique et sociologique, écrit avec beaucoup de mesure et de soin, Nicolas Rodier s’inspire sans doute de faits autobiographiques pour dépeindre la transmission de la violence dans un milieu bourgeois catholique et conservateur socialement (mais libéral économiquement.)
La répartition très genrée des rôles, comme il est de tradition dans ces familles, fait que le père assume seul la charge des ressources pécuniaires et est donc souvent absent ou démissionnaire dans le foyer. La mère, elle, assume quasiment seule, le fait d’élever six enfants et d’entretenir un espace domestique à longueur de jour, avec l’aide d’une repasseuse une fois par semaine. Le nombre d’enfants est valorisé (dans un accès de colère le père parle de la mère qui n’est « bonne qu’à engrosser ») alors que leur personnalité et leur sensibilité sont souvent balayées par une « éducation » qui vise à briser les volontés récalcitrantes et à inculquer des valeurs traditionnelles nécessaires à la pérennité du mode de vie de la « meute » (dixit le père) que représente la famille élargie. La peur du déclassement et la misogynie sont omniprésentes et intériorisées par les femmes de la famille du narrateur et les tabous sont nombreux alors que prime par devers tout le rang et la « façade » à tenir. 

Dans ce contexte propice aux frustrations, au sentiment de solitude et aux débordements, la mère (victime par le passé) craque régulièrement et dirige ses accès de violence physiques contre ses enfants. Elle fait parfois suivre ces accès de rage par des témoignages d’affection qui n’empêcheront pas d’autres accès de violence ultérieurs. La violence verbale et les débordements émotionnels sont aussi présents du côté du père, qui tout en étant démissionnaire, énonce régulièrement des jugements méprisants et catégoriques sur les enfants ou la mère, en particulier lors de l’adolescence du narrateur.

Dans ce contexte, auquel s’ajoute la violence entre collégiens d’un internat huppé, on voit arriver avec le même effarement glacé que le narrateur, le déchaînement soudain de sa propre violence contre la compagne assez autoritaire et peu diplomate qu’il se choisit et l’on comprend la perte dans l’anorexie ou les paradis artificiels d’un de ses frères ou de lui-même à l’adolescence.
On sait gré à Nicolas Rodier de ménager beaucoup de respirations dans ce texte, écrit avec retenue, et soigné dans la forme, avec des phrases courtes, de petits paragraphes et une présentation très aérée qui permettent d’avancer lentement pour absorber et comprendre cette « banalité du mal » qu’incarnent les dysfonctionnements familiaux dans le contexte précis que nous décrit l’auteur.
Encore un auteur à suivre !

Sandrine

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Deborah Levy. Le coût de la vie

Ed. du sous-sol, 2020

Un divorce forcément douloureux, une grande maison victorienne troquée contre un appartement en haut d’une colline dans le nord de Londres, deux filles à élever et des factures qui s’accumulent… Deborah Levy a cinquante ans quand elle décide de tout reconstruire, avec pour tout bagage, un vélo électrique et une plume d’écrivain. L’occasion pour elle de revenir sur le drame pourtant banal d’une femme qui s’est jetée à corps perdu dans la quête du foyer parfait, un univers qui s’est révélé répondre aux besoins de tous sauf d’elle-même. cette histoire ne lui appartient pas à elle seule, c’est l’histoire de chaque femme confrontée à l’impasse d’une existence gouvernée par les normes et la violence sournoise de la société, en somme de toute femme en quête d’une vie à soi.

(Présentation éditeur)

Mêlant concret et analyse, partant de situations observées ou ressenties qui font sens pour elle et qui disent quelque chose du monde qui nous traverse : le féminisme, les rapports humains, le deuil, l’agonie d’un proche, la vie professionnelle et ses aléas, la prise en compte de ce qui est nécessaire pour soi, l’amitié, un déménagement et un changement de vie… Déborah Levy nous touche et nous ouvre à la réflexion avec son regard aiguisé et son courage au quotidien pour négocier du mieux possible les virages qu’elle prend. Sa réflexion est d’autant plus essentielle qu’à cinquante ans, elle quitte à l’amiable son mari et sa grande maison pour emménager avec ses filles dans un appartement plus petit et plus abîmé, où le canapé et les meubles de sa vie antérieure sont devenus trop grands mais où, alors que son espace domestique s’est rétréci, sa vie à elle, s’agrandit, par le champ des possibles qu’elle met soigneusement en œuvre.

Sandrine

Dramaturge, poétesse et romancière, Deborah Levy est l'auteure de trois romans remarqués, dont le dernier, The Man Who Saw Everything, a été finaliste du Man Booker Prize. L'oeuvre de Deborah Levy est marquée par un projet autobiographique qu'elle nomme living autobiography et dont le coût de la vie constitue le deuxième volet.

 

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Karl-Ove Knausgaard. Fin de combat (Mon combat, vol.6)

Denoel, 2020

Dans ce sixième volume, Karl Ove Knausgaard examine la vie, la mort, l’amour et les conséquences de son œuvre sur sa vie personnelle. Âgé de quarante ans dans ce récit, il partage son quotidien entre l’écriture et l’éducation de ses trois enfants en bas âge. Sa vie dans son appartement de Malmö est réglée comme du papier à musique. Jusqu’à ce que son oncle prenne contact avec lui pour s’opposer à la publication du premier volume de Mon combat. Une situation qui va plonger Knausgaard dans une grande angoisse et déséquilibrer profondément ses relations avec sa femme. Le texte est aussi une réflexion bouleversante sur les rapports de l’auteur à son père, pierre angulaire de sa démarche d’écriture. Les grands événements du XXème siècle, principalement le nazisme, sont mis en parallèle d’une façon audacieuse avec la propre existence de l’auteur. Une série qui se clôt de manière magistrale.

(Présentation éditeur)

Comment ne pas signaler la parution du dernier tome de l’entreprise autobiographique de Karl Ove Knausgaard ?

Dès le début, l’écriture précise et ample qui accompagne l’évolution de ses paysages intérieurs nous embarque à nouveau avec lui. On retrouve avec joie son autodérision, ses hésitations, l’attention aux détails concrets de l’environnement physique, le culte de l’amitié, l’importance malmenée de la famille, la conscience aigüe des relations interpersonnelles, de leur fragilité, la tension entre réalisation de soi et prise en compte des autres, la volonté de ne pas éluder certaines pensées, la vie pratique et la vie de création mêlées, le rendu très naturel de la vie quotidienne, de la vie de la pensée et des échanges… : quelle découverte que cet auteur !

Sandrine