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Café culturel de février 2020

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Alexandre Postel. Un automne de Flaubert.

Gallimard, 2020

 

Flaubert dépressif

1875. A 53 ans, Gustave Flaubert va certainement devoir quitter la maison qu’il occupait à Croisset, près de Rouen, car sa nièce est forcée de la vendre. Fortement contrarié, criblé de dettes, il doit se séparer lui-aussi de la ferme qu’il avait héritée de sa mère à Deauville. Et, comble de tout, il n’arrive plus à écrire ! Ses trois grands chefs d’œuvre sont parus plusieurs années auparavant, et il ne parvient pas à avancer son projet de grand roman sur la bêtise. Il décide de partir se ressourcer à Concarneau afin de retrouver l’énergie et l’inspiration. 

Un séjour salvateur

Là, il séjourne dans une pension de famille et fait de longues promenades avec ses amis Georges Pouchet, scientifique qui travaille à l’antenne concarnoise du Museum d’Histoire Naturelle, et Georges Pennetier, professeur à l’école de médecine de Rouen. Peu à peu, Flaubert reprend des forces, renoue avec les plaisirs simples, se promène sur la côte, prend des bains de mer, dort dix heures par nuit, et retrouve goût à la vie.

Le retour de l’inspiration

Au bout de quelques semaines, un matin où ses deux amis décommandent leur promenade quotidienne, l’écrivain commence à rédiger le plan de ce qui deviendra La Légende de Saint Julien l’Hospitalier, l’un des trois récits qui composent les Trois contes. Dans un style classique très travaillé, Alexandre Postel fait le récit de cette période dépressive de la vie de Flaubert, et de sa guérison.
Les quatre romans d’Alexandre Postel sont parus aux éditions Gallimard. Le premier, Un homme effacé, a reçu le Goncourt du premier roman en 2013.
 

Agnès
 

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Jean Echenoz. Vie de Gérard Fulmard

Minuit, 2020

 

Une vie minuscule

Dans son 18ème roman, Jean Echenoz entreprend de se pencher sur la vie d’un homme médiocre, une « vie minuscule », qui, selon lui, « n’a pas assez retenu l’attention du public » : celle de Gérard Fulmard, un homme qui « ressemble à n’importe qui en moins bien ». Après avoir été licencié de son poste de steward pour faute grave, Gérard Fulmard, quadragénaire enrobé, est tenu de voir, deux fois par semaine, un psychiatre nommé Jean-François Bardot. Or, après avoir vainement tenté de devenir détective privé, Fulmard, par l’entremise de ce Bardot, va se retrouver mêlé à une histoire d’enlèvement et de meurtre en lien avec la Fédération Populaire Indépendante, un parti politique de second ordre.

L’art de Jean Echenoz

Echenoz multiplie les précisions (modèles et marques des voitures), accumule les détails cocasses (Fulmard habite dans la rue où Mike Brant s’est suicidé), donnant une sorte de crédibilité loufoque à cette histoire farfelue et désopilante. Il joue avec ses personnages, se moque d’eux, les maltraite gentiment, soulignant le ridicule de leurs petits travers, leur vanité et leur totale inutilité, les affuble de noms d’animaux (le fulmar est un oiseau marin, le bardot, un équidé) ou de prénoms ridiculement pompeux (Apollodore et Ermosthène, les deux frères gardes du corps).

Une société qui tourne à vide

Avec un humour parfois grinçant et un plaisir non dissimulé, l’auteur dresse le portrait d’une société qui ne prend plus le temps de réfléchir, égratignant au passage les petits escrocs ordinaires, les chaînes d’info en continu, les partis politiques qui font 2 % de voix aux élections locales… Un roman virtuose qui oscille entre le récit d’aventure, la satire sociale et le roman noir, et avec lequel Jean Echenoz montre sa virtuosité et renoue avec la veine de ses premiers romans.

Jean Echenoz a reçu le Prix Médicis pour Cherokee en 1983, et le Prix Goncourt pour Je m’en vais en 1999. La plupart de ses textes sont parus aux éditions de Minuit.
 

Agnès

 

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Flash Pig. Year of the pig

1 CD French Keys/Nome, 2019

 

Avec ce troisième album, Flash Pig impose son nom qui claque sur la bouillonnante scène jazz française. Le quartet fondé par les frères Sanchez (Maxime au piano et Adrien au saxophone) propose une musique actuelle qui prend sa source dans le jazz des années 70 (Keith Jarrett, Ornette Coleman, Charlie Haden).

Le groupe, dont on connaissait la fougue, montre qu'il sait aussi prendre le temps de créer des ambiances et d'étirer les thèmes pour embarquer l'auditeur, comme en témoignent les 4 mouvements de la suite qui inaugure le disque, dédiés à des animaux réputés pour leur lenteur.

Year of the pig met surtout en valeur la cohésion et l'équilibre d'une formation où aucune individualité ne prend le dessus. Loin d'être cantonnées  à un rôle purement rythmique, la contrebasse de Florent Nisse et la batterie de Gautier Garrigue contribuent tout autant que les autres instruments au son du groupe.

Un groupe dont la dimension collective s'épanouit sur scène : leur passage à l'Espace Sorano de Vincennes en décembre restera à coup sûr l'un des grands moments de la saison !

Extrait diffusé : "Evanescent queen"

 

Empruntez-le !

 

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Théo Ceccaldi Trio. Django

1 CD Brouhaha, 2019

 

Très présent ces derniers mois sur la scène hexagonale, le violoniste Théo Ceccaldi a lui aussi formé un groupe avec son frère. Le Théo Ceccaldi Trio réunit ainsi, outre son leader au violon, Valentin Ceccaldi au violoncelle et David Aknine à la guitare.

Django est évidemment un hommage au guitariste Django Reinhardt, qui fit les beaux jours du jazz français des années 30 à la tête d'une formation composée uniquement d'instruments à cordes. Le trio évite cependant d'honorer uniquement le style manouche auquel on restreint trop souvent le célèbre guitariste.

Si Django fait entendre quelques éléments de jazz manouche, c'est par intermittence, comme un souvenir d'écoutes lointaines qui viendraient inspirer les musiciens. Entre reprises et compositions en clin d'œil à la vie de Django, le résultat, aventureux et joyeusement iconoclaste, est avant tout un hymne à l'esprit de liberté qui animait Django Reinhardt.

Extrait diffusé : "Balancelle et chèvrefeuille"

 

Empruntez-le !

 

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Hugo Lippi. Comfort zone

1 CD Gaya, 2019

 

L'ombre de Django plane également sur le dernier album du guitariste anglais Hugo Lippi. Comfort zone s'ouvre en effet sur une reprise de "Manoir de mes rêves", un des plus fameux thèmes composés par Reinhardt.

Là encore, on est loin des codes qui régissent le jazz manouche "traditionnel". Hugo Lippi s'intéresse plutôt au style que Django avait adopté à la fin de sa carrière, et qui devait beaucoup au style West Coast de la scène américaine.

Ceux qui ont entendu Lippi dans d'autres projets récents (chez Fabien Mary ou Eric Legnini, par exemple) ne seront pas étonnés de retrouver ce son ample et généreux, au lyrisme discret. Cette douceur feutrée fait de Comfort zone le disque idéal pour passer l'hiver au chaud.

Extrait diffusé : "Manoir de mes rêves"

 

Empruntez-le !

 

 

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J. Lamotta. Suzume

1 CD Jakarta, 2019

 

Avec ce second album, la chanteuse J. Lamotta se balade avec aisance entre jazz (qu'elle a étudié en Israël) et soul (genre qu'elle a exploré après son installation à Berlin). Une petite touche de hip hop vient parfois rappeler l'admiration de la jeune femme pour les compositions sonores de J.Dilla.

Suzume ("moineau" en japonais) est le second nom d'artiste choisi par la chanteuse, le premier étant un hommage au boxeur Jake LaMotta, qu'elle a découvert par le film de Martin Scorsese Raging bull. L'ensemble reflète les contrastes qui semblent animer la chanteuse : résistance et détermination d'un côté ; fragilité et vulnérabilité de l'autre.

Ces contrastes alimentent les textes personnels de ses chansons, interprétées dans un style plutôt décontracté, qui doit plus à Erykah Badu qu'à Aretha Franklin. L'élégance des arrangements, la chaleur de la prise de son (les samples de l'album précédent ont laissé place à 24 musiciens) achèvent de donner à l'album un charme persistant.

Extrait diffusé : "If you wanna"

Jérôme

Empruntez-le !

 

Les quatre albums présentés lors du café culturel font partie de la sélection 2019 des discothécaires publiée en janvier 2020.