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Café Culturel du 3 juin 2017

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William Finnegan

Jours barbares

Ed. du Sous-sol, 2017

William Finnegan commence à surfer à l’âge de 8 ans, alors qu’il vit en Californie. Ce hobby deviendra indispensable à sa vie pendant l’année qu’il passera avec sa famille à Hawaï. Dès la fin de l’adolescence, il abandonne ses études et quitte les Etats-Unis pour partir à la recherche de la vague parfaite. Ce qu’il décrit dès lors comme un véritable art de vivre le mènera en Australie, en Indonésie, et jusqu’aux îles Fidji. Alors qu’il approche de la trentaine, il commence à rédiger des chroniques journalistiques en Afrique du Sud, en pleine mouvance anti-apartheid. Passionné de littérature depuis l’enfance, il devient correspondant du New Yorker en 1987, et couvrira notamment le conflit au Soudan et la guerre civile au Mozambique.

Dans ce récit initiatique plein d’énergie récompensé en 2016 par le prix Pulitzer, William Finnegan évoque avec lyrisme la dimension spirituelle de ce qui est pour lui bien plus qu’un sport, une passion dévorante à forte tendance addictive, qui laisse parfois peu de place à la vie privée. Il nous permet de vivre par procuration certains des moments les plus grisants de sa vie de surfeur, et d’approcher avec lui le secret des plus sublimes vagues de la planète.

Agnès

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Philippe Trétiack

L’Architecture à toute vitesse : 56 recettes glanées autour du monde

Seuil, 2016

L’auteur du pamphlet Faut-il pendre les architectes ? propose ici 56 anecdotes qu’il a vécues lors de ses nombreux voyages. De l’Iran à la Chine, de Beyrouth à Rio, le journaliste raconte avec sa verve habituelle et beaucoup de spontanéité ses expériences de la ville, et en tire des règles d’architecture ou d’urbanisme parfois fantaisistes, souvent pertinentes, toujours intéressantes.

Evoquant avec beaucoup d’humour des événements aussi différents qu’une course en side-car à Roissy, un spectacle de danse du ventre au Caire, des émeutes à Buenos-Aires ou l’interview d’un narco trafiquant, ce livre nous emmène à cent à l’heure d’un bout à l’autre de la planète.

Diplômé d’architecture, d’urbanisme et d’histoire de l’art, Philippe Trétiack collabore au Monde, à Elle décoration, Beaux-Arts magazine, Madame Figaro et L’Express Styles. Auteur de nombreux essais sur l’art et l’architecture, il a rédigé les textes de Paris vu du ciel de Yann Arthus-Bertrand, et a reçu le prix Louis Hachette pour son enquête sur la mode chez les Mollahs d’Iran.

Agnès

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Kiyoko Murata

Fille de joie

Actes Sud, 2017

Japon, début du vingtième siècle, Ichi est vendue par ses parents à une maison close. Elle est originaire d’une île du sud, ses parents pêcheurs, sont trop pauvres pour subvenir aux besoins de leur famille. Elle est placée sous la tutelle d’une « Oïran », courtisane de haut rang qui lui apprend l’élégance et le savoir-vivre. Mais ce que préfère Ichi c’est aller à l’école, en effet, une loi oblige les tenanciers à y envoyer leurs filles. Et c’est une révélation pour elle, car avec l’aide de son institutrice, Mademoiselle Tetsuko, elle va apprendre à lire et à écrire. Tout doucement, elle prend conscience du pouvoir du savoir et va se rebeller.

C’est un récit sur la condition des jeunes filles pauvres sous l’ère Meïji où les familles pouvaient vendre leurs filles en échange d’un prêt que cette dernière devait rembourser. L’auteur évoque un univers fermé sous le regard complice du pouvoir politique et de la société. A travers le personnage d’Ichi, c’est la condition féminine qui est décrite ici comme dans toute l’œuvre de Kiyoko Murata.

Brigitte

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Frédérique Hébrard

Elle était une fois

Flammarion, 2017

A 90 ans, Frédérique Hébrard se raconte : son enfance, l’exode, sa vie d’artiste, de femme, de romancière et ses rencontres, celle de son mari, Louis Velle, Maurice Chevallier, ses amitiés féminines. Elle décrit les dîners où son père, André Chamson, conservateur à Versailles, recevait des personnalités venant aussi bien du monde artistique que du monde politique. Elle dormait dans une chambre qui avait naguère été le bureau de Colbert. On ressent un retour en arrière nécessaire. Il y a beaucoup d’amour pour les autres dans ce livre, cette femme donne, reçoit et partage à parts égales.

 

Frédérique Hébrard, comme d’habitude est une conteuse née, mais cet ouvrage écrit tout en sensibilité et émotion est le reflet d’une grande dame tout simplement.

Brigitte

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Russel Banks

Voyager

Actes Sud, 2017

« Ces récits de voyages effectués il y a des années m’ont permis de me pencher sur le passé, saisir des aspects de ma vie personnelle qui m’avaient échappé » confie Russel Banks. Ce « livre de vie » comme le dit l’éditeur, alterne récits de voyage et réflexions analytiques, les choix de vie radicaux, impérieux et/ou réfléchis, les quatre relations amoureuses importantes de la vie de l’auteur.  C’est un peu un « roman de formation » sur la durée, l’itinéraire d’une vie et ses bifurcations décisives. Voyageant entre passé et présent, entremêlant récit de voyage et souvenirs, Russel Banks évoque ainsi les différentes identités qui l’ont constitué : lycéen/étudiant fugueur, étalagiste, poète/bohémien/mari indigne, plombier, étudiant à nouveau, romancier, compagnon, sportif…  Il explore aussi les lieux auxquels il est attaché, qui font désormais partie de son intériorité : la Floride où il est arrivé, jeune homme pauvre de Nouvelle Angleterre, qui venait de tourner le dos à une bourse dans une université prestigieuse, les régions forestières du Nord, la Jamaïque qu’il a connue dans les années 70 avec sa deuxième femme, et celle appauvrie qu’il découvre dans les années 90 avec sa compagne actuelle, Cuba, l’Himalaya où il se mesure à lui-même à 75 ans, en doutant et en s’admonestant…

Les compagnes successives de Russel Banks sont constitutives de son parcours et de son intériorité et il revient sur ces relations qui s’éclairent les unes les autres sur la durée, ainsi qu’elles éclairent ses propres aspirations, parfois aussi nécessaires qu’égoïstes. Fin tacticien et grand styliste, il évoque aussi un week-end plus ou moins raté d’anciens élèves pour mieux nous surprendre à la fin, reproduisant la révélation analytique et l’émotion inattendue que lui a apportées la vraie vie à ce moment-là. L’introspection teintée d’humour est aussi présente dans le récit de son périple en Himalaya. A n’en pas douter, ce livre est un très bon compagnon de route quel que soit l’âge du lecteur et l’on se surprend à vouloir cocher beaucoup de ses pages.

Sandrine