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Café culturel de décembre 2018

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Pauline Delabroy-Allard. Ça raconte Sarah 
Minuit, 2018

La Narratrice, jeune enseignante, divorcée et mère d’un enfant, rencontre Sarah lors d’une soirée de réveillon. Sarah est en couple, mais les deux femmes vont se revoir et lier une amitié qui va vite se transformer en amour évident, puis en passion dévastatrice.

« Ça raconte Sarah, de symbole : S. »

Dans le titre de ce roman, le prénom de « Sarah » sonne deux fois. Sarah, omniprésente, femme-vampire qui prend bientôt toute la place dans la vie de la narratrice, bouleversant tout sur son passage, éclipsant amis et enfant. Sarah, violoniste virtuose, belle, brillante, rapide, imprévisible, violente parfois. Sarah à l’égo démesuré, insupportable, à l’amour dévorant, étouffant, destructeur. A la fin de certains chapitres, la narratrice adopte un ton plus neutre, qui contraste avec le récit passionné en donnant une définition froide et objective d’un élément lié à l’histoire, comme le soufre : « C’est l’élément chimique de numéro atomique 16. De symbole : S. », comme l’initiale du prénom de la femme aimée. 

Une passion dévorante

Mais le caractère instable de Sarah devient de plus en plus difficile à supporter, elle souffle constamment le chaud et froid. Tantôt, elle déclare brutalement à la narratrice qu’il faut cesser toute relation, tantôt, elle vient la chercher à l’improviste à la sortie de son école, et lui dit qu’elle ne peut vivre sans elle.
Et un jour, la passion s’achève, brutalement. Et la narratrice, dévastée, exsangue, quitte tout et part à Trieste pour entamer une longue période de reconstruction. 

La retraite sentimentale
 

S’éloignant de Paris pour oublier Sarah, elle va peu à peu se recentrer sur elle-même et reprendre goût à la vie, dans cette ville d’Italie calme et ensoleillée. Le roman, dans sa deuxième partie, totalement différente de la première, devient le récit d’une reconstruction, du calme après la tempête.
Fille de l’écrivain Jean Delabroy, Pauline Delabroy-Allard, 29 ans, signe un premier roman puissant, charnel, un magnifique texte sur la passion amoureuse.
Ça raconte Sarah a fait partie de la première sélection du Goncourt, et a remporté le Prix du Style 2018.
 

Agnès

 

 

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Julian Barnes. La Seule histoire 
Mercure de France (Bibliothèque étrangère), 2018

Des débuts joyeux

La Seule histoire se passe dans les années 60 et raconte un amour scandaleux, total et absolu entre Susan, âgée de 48 ans, mariée, mère de deux grandes filles et Paul, âgé de 19 ans.
Susan et Paul se rencontrent dans un club de tennis d’une banlieue résidentielle londonienne. Paul est en vacances chez ses parents, il s’ennuie en attendant la rentrée universitaire, et Susan, quant à elle, est mariée à un homme brutal et réactionnaire. Ils commencent à jouer au tennis ensemble, puis se rapprochent peu à peu et tombent amoureux. Ce sera pour chacun d’eux une première véritable histoire d’amour.

La vie à deux

Ayant été obligés de s’enfuir à Londres à cause du scandale que suscite leur relation, Susan et Paul s’installent ensemble. Après quelque temps, Paul s’aperçoit que Susan s’est mise à boire et qu’elle devient dépressive. Il va faire tout ce qui est en son pouvoir pour sauver Susan de ses démons…

Éclaircissement

Dans la 3ème partie du roman, qui éclaire les deux premières parties, nous retrouvons Paul, des décennies plus tard, solitaire et vieillissant, qui déroule le fil de sa vie et se remémore sa relation avec Susan, et les amours qu’il a pu avoir par la suite.
Avec un texte magnifiquement bien écrit et bien construit, Julian Barnes nous fait réfléchir à l’importance du premier amour. 
« Vaut-il mieux avoir aimé et perdre ou ne jamais avoir aimé ? »
 

                                                                                              Isabelle

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Vincent Peirani. Living being II : night walker
1 CD Act, 2018

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Thomas B. Reverdy. L’Hiver du mécontentement 
Flammarion, 2018

London calling (The Clash)

Automne 1978. La colère gronde à Londres, et le Premier ministre travailliste, James Callaghan, ne parvient pas à maîtriser la situation. La jeune Candice travaille comme coursier à bicyclette chez City Wheelz pour gagner un peu d’argent. Mais sa passion, c’est le théâtre : elle fait partie d’une troupe féminine semi-professionnelle, les « Shakespearettes ».
Alors que l’Angleterre traverse l’une des plus violentes crises de son histoire, Candice joue Richard III, et sa première réplique dans la pièce résonne étrangement en ces temps incertains : « Voici venir l’hiver de notre mécontentement. »

Grève générale
 

Début janvier 1979, la ville est paralysée par la grève générale, et la météo prévoit que l’hiver sera l’un des plus rudes depuis 1940. Après les salariés du privé, ceux du secteur public rejoignent le mouvement social : les transporteurs, les éboueurs, les infirmières, et même les fossoyeurs sont en grève, laissant les cercueils s’empiler devant les locaux des Pompes funèbres. Il n’y a plus d’essence, et plus non plus de transports en commun. Alors, certains soirs, lorsque le temps ne lui permet pas de rentrer à vélo, Candice dort à l’école d’Art dramatique, ou va au pub avec les autres élèves. C’est là qu’un soir elle va croiser Jones, un pianiste de jazz trentenaire, qui cumule les petits boulots pour survivre, et vient de se faire licencier brutalement.

Candidate (Joy Division)

Dans cette mise en scène de l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de l’Angleterre, Thomas Reverdy questionne le pouvoir, ses enjeux, et la fascination qu’il exerce, et il dénonce les alliances entre les partis, et les travers des différentes classes sociales. Il établit tout au long du roman un parallèle de plus en plus évident entre l’ascension de Richard III tel qu’elle est présentée dans le pièce de Shakespeare, et celle de Margaret Thatcher, future Premier ministre, deux personnages avides de pouvoir et manipulateurs.

L’histoire est un perpétuel recommencement…

Dans ce roman flash-back sur l’Angleterre de la fin des années 70, le style, rythmé et jamais pesant, est aussi entrainant que les morceaux de rock anglais qui donnent leurs titres aux chapitres. Et la situation économique et sociale que décrit l’auteur fait étrangement écho à celle que nous vivons actuellement.
Thomas B. Reverdy est agrégé de Lettres Modernes, et enseigne le français en Seine-Saint-Denis. Après avoir reçu plusieurs prix littéraires pour ses précédents ouvrages, il vient d’être couronné du Prix Interallié pour L’Hiver du mécontentement, son septième roman.

Agnès

 

 

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Adeline Dieudonné. La Vraie vie
Les Editions L’Iconoclaste,2018

L’univers familial
 

Une petite fille de 10 ans va remuer ciel et terre pour rendre à son petit frère, Gilles, âgé de 6 ans, le sourire qu’il a perdu suite à un accident dont ils ont été témoins tous les deux. 
Les deux enfants vivent en Belgique dans un pavillon de banlieue sordide. Ils jouent le week-end dans une décharge. Leur père est alcoolique, il bat sa femme et terrorise ses enfants, c’est un chasseur de gros gibier, et une chambre dans le pavillon est consacrée à des animaux empaillés. Leur mère est soumise et inexistante. Mais le frère et la sœur s’aiment tendrement.

Une guerrière 
 

L’histoire va se dérouler sur cinq ans pendant lesquels la petite fille qui est passionnée par Marie Curie et par la science va essayer de construire une machine à remonter le temps, comme dans le film de Robert Zemeckis  Retour vers le futur, pour sauver son petit frère du mutisme et de la cruauté dans lesquels il est tombé suite à l’accident. Elle espère ainsi retrouver le petit frère « d’avant » qu’elle affectionne tant. Cette petite fille devenue adolescente va devenir une véritable guerrière.

Roman ou conte ?
 

C’est un récit dramatique qui aborde des thèmes tels que la maltraitance, l’écologie et le système patriarcal, mais Adeline Dieudonné a choisi de nous raconter cette histoire dans un style humoristique. La Vraie Vie est un roman initiatique, détonant où le réel vacille… Roman ou conte ?
Adeline Dieudonné est une jeune auteure belge. La Vraie vie est son premier roman. Ce roman a reçu le prix Renaudot des lycéens 2018 et le prix du roman Fnac.

Isabelle

 

 

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José James. Lean on me

1 CD Blue Note, 2018

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