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Valérie Manteau

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Valérie Manteau. Le Sillon

Le Tripode, 2018

 

Prix Renaudot 2018

Ce livre, présenté par l’auteure comme un roman, pourrait être à la fois un carnet de voyage, une autofiction teintée de romantisme, et une chronique journalistique.

Un carnet de voyage

Valérie Manteau procède par scènes saisies sur le vif pour décrire Istanbul au quotidien, les rues et l’atmosphère des quartiers- et surtout les échanges avec les amis et anciens militants qu’elle fréquente.
Des petits tas de croquettes laissés intentionnellement dans les rues pour les chats errants au remplacement des touristes occidentaux par les touristes des pays du Golfe, de la nationalité des nouveaux commerçants et immigrés en passant par les moments partagés avec des intimes dans le café alternatif de son amant, sur les terrasses, à parler musique, Histoire et conjoncture les soirs de ramadan alcoolisés, dans l’appartement de l’amant ou dans des endroits plus excentrés pour ses recherches, l’auteure, journaliste de métier, nous fait voyager au cœur de la métropole turque, contemporaine et clivée, dont beaucoup des habitants jeunes ou progressistes sont marqués par les espoirs de démocratie déçus, le climat de répression des libertés, la méfiance générale et les antagonismes latents dans la population civile.

Autofiction teintée de romantisme

Outre les échanges tissés avec le cercle de cet amant dont la culture lui devient familière, la narratrice évoque en demi-teintes cette histoire d’amour qui se délite doucement alors qu’elle est encore éprise. A ce désarroi amoureux ponctué de moment intimes, s’ajoute une quête existentielle. La narratrice, comme l’auteure, a en effet perdu ses amis journalistes avant d’arriver en Turquie deux ans auparavant, et, de fil en aiguille, elle se donne pour mission de retracer le destin et les combats de Hrant Dink, figure journalistique arménienne idéaliste défendant les minorités, la libre expression (actions devenues passibles d’accusation d’insulte à l’identité turque et d’emprisonnement) et le rapprochement turco-arménien dans un idéal de paix, et assassiné en 2007 par un jeune extrémiste turc.

Chronique journalistique

Au fur et à mesure que l’auteure fait ressurgir la figure d’Hrank Dink appartenant à l’histoire récente et sombre de la Turquie contemporaine, elle tient un fil informatif qu’elle développe en évoquant de façon précise les autres journalistes et écrivains récemment emprisonnés (dont Asli Erdogan à l’époque) en Turquie et leurs procès donnant ainsi une vision de la mécanique judicaire et de « l’effondrement de l’Etat de droit » mis en place par ce régime paranoïaque  qui muselle les voix critiques, a alourdi l’atmosphère civile et douché les espoirs de ses nouveaux amis, et les enserre petit à petit dans la dépression latente avec l’humour noir et la survie économique et culturelle comme rempart tandis que de nombreux étrangers ou opposants menacés finissent par fuir ce pays. 

Alain Bashung avait fait l’objet d’une discussion cocasse entre la narratrice et l’un de ses amis stambouliotes. La narratrice vivant dorénavant comme l’auteure entre la France et la Turquie, les mots du chanteur ferment le livre, faisant résonner l’amour et l’inquiétude de l’auteure pour un homme et pour un pays à l’avenir non écrit.

Livre présenté en coup de cœur au café culturel d’octobre 2018. Voir également les interviews de Valérie Manteau ainsi que son précédent livre : Calme et tranquille, sur son expérience à Charlie-Hebdo,  l’ouvrage collectif Le Livre des places où sont abordés les événements de la place Taksim racontés Hakan Günday, le roman Maudit soit l’espoir de Burhan Sönmez, le récit Le Bâtiment de pierres et le recueil de chroniques Le Silence même n’est plus à toi d’Asli Erdogan.

Livre présenté en coup de cœur au café culturel d’octobre 2018.

 

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Sandrine

                     

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