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Café culturel de mars 2019

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Empruntez-le

Bernhard Schlink. Olga

Gallimard, 2019

 

Une drôle d’orpheline

A la mort de ses parents, Olga est élevée par une grand-mère acariâtre en Poméranie.
Intelligente, indépendante et vive d’esprit, elle apprend vite et rencontre Herbert et sa sœur Viktoria à l’école du village. Ils deviennent amis.
Lorsqu’elle devient institutrice contre l’avis de tous, on l’envoie enseigner en Prusse-Orientale.

Une vie d’attente

Elle entame alors une relation amoureuse avec Herbert malgré la désapprobation de la famille de celui-ci. Mais il a la bougeotte, il veut explorer le monde, gagné par cette fièvre nationaliste en Allemagne. Il part « civiliser » l’Afrique, voyage un peu partout. Olga vit alors au rythme de ses absences. Elle ne demande rien si ce n’est de partager ces quelques semaines où il revient.

Le voyage de trop

Lorsque Herbert décide d’aller explorer l’Arctique, Olga lui écrit de longues lettres poste restante à Tromso en Norvège. Elle reste sans nouvelles de lui et bientôt, malgré les expéditions menées pour le rechercher, sa disparition est annoncée.
Olga traverse deux guerres et finit dans la vallée de Neckar, couturière dans une famille. Elle s’attache au petit dernier, Ferdinand, auquel elle raconte sa vie. Il deviendra comme un fils pour elle jusqu’à la fin de sa vie. Devenu âgé, il cherche à en savoir plus sur cette femme. A travers les lettres qu’il retrouve chez un antiquaire à Tromso, il découvre la vérité sur Olga.
Roman d’amour entre un jeune homme sous l’emprise des grandeurs de son pays et une jeune femme, qui brave tous les interdits et les contraintes de son époque, ce livre nous offre un portrait très émouvant d’une femme à travers de magnifiques lettres d’amour.

Bernhard Schlink est l’auteur du roman Le Liseur, partiellement autobiographique et best-seller mondial, adapté au cinéma en 2008 sous le titre The Reader !

 

 

Brigitte

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Gabriella Zalapi. Antonia : journal 1965-1966

ZOE, 2019

 

Journal d'une sicilienne

Palerme, 1965. Antonia a 29 ans, un mari bourgeois qu’elle n’aime pas, un fils de 7 ans que sa nurse anglaise accapare, et un beau-père qui la déteste. Elle étouffe dans sa petite vie étriquée, et la seule « personne » à qui elle peut se confier est son journal intime. A la mort de sa grand-mère, elle récupère des centaines de lettres et de photos qui lui appartenaient, et se lance avec passion dans la reconstitution de l’histoire familiale.
Renouer avec son passé
Entre son grand-père maternel juif qui a dû quitter Vienne pour fuir la montée du nazisme, et des grands-parents paternels anglais émigrés en Sicile, Antonia remonte le cours de l'histoire du continent européen. En regardant les photos de famille, elle retrouve la somptueuse maison où elle a grandi, Villa Clara, et le sentiment d'insouciance qu'elle éprouvait dans sa petite enfance, avant la guerre, avant la mort de son père. 

Se réapproprier sa vie

Mais la lecture de la correspondance de sa grand-mère va surtout permettre à Antonia de comprendre ce qu'a vécu sa mère qu'elle connaît si mal, et de se rapprocher d'elle. En lui écrivant et en rédigeant son journal, elle entame une réflexion profonde sur sa vie et ce qu'elle désire vraiment. Cette démarche va lui permettre de reprendre sa vie en main, et de s'émanciper.

Le livre d’une plasticienne

Gabriella Zalapi insère dans son roman des photos en noir et blanc, comme pour donner à cette fiction un aspect réel, voire même documentaire. Le portrait en médaillon d’une femme mélancolique, une photo de groupe en extérieur, le cliché d’une maison dans un jardin ensoleillé, une petite fille dans un hamac… En mettant des images autour de son texte, elle donne corps à l’histoire qu’elle crée, et la transforme en véritable journal intime. Le texte, sensible et sans retenue, gagne ainsi en puissance évocatrice. Gabriella Zalapi confie que, pour elle qui est plasticienne de formation, les mots sont un « espace de liberté » alors que la peinture est quelque chose de très sérieux. Elle fait sienne cette formule de Léonard de Vinci : « La peinture est une poésie muette, et la poésie est une peinture aveugle. »

Anglaise, italienne et suisse, Gabriella Zalapi a vécu à Palerme, Genève, New York, et habite aujourd’hui à Paris. Artiste plasticienne formée à la Haute école d’art et de design de Genève, elle puise son matériau dans sa propre histoire familiale. Antonia est son premier roman, elle l’a écrit en français.
 

Agnès

Empruntez-le

Joan Didion. Sud & Ouest

Grasset, 2018

 

Voyage vers le Sud

L’auteure décide de partir à la rencontre du Mississipi, de la Louisiane et de l’Alabama. Elle veut mieux comprendre la Californie, car beaucoup de ses colons venaient des états du Sud.
Ce voyage avec son mari, se transforme en road trip, d’où elle espère en tirer un article pour son journal.

Premières impressions

La Nouvelle Orléans lui apparait comme engluée dans des eaux stagnantes, une vie de fatalisme propre à cette ville. Elle continue son périple au gré des routes. La chaleur est éprouvante et omniprésente, les serpents aussi. De par ses rencontres, elle découvre que la Guerre de Sécession c’était hier alors que l’on est en 1970, un conservatisme, une ruralité très présents. Elle l’intellectuelle cultivée et éduquée se sent perdue face à ce Sud profond. Elle ne fera jamais d’article.

Retour sur son passé

La dernière partie des carnets parle du procès de Patty Hearst à San Francisco auquel elle assiste. Elle revient alors sur sa vie en Californie et sur l’histoire de sa famille.

Joan Didion est une très grande romancière et journaliste. Elle porte sur l’Amérique des années 70 un regard acéré et juste. Une époque que l’on croyait révolue mais qui est plus actuelle que jamais.

Brigitte

 

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Jean Rouaud. Kiosque

Grasset, 2018

 

Un kiosque rue de Flandre

Dans le 5ème volume de sa série La Vie poétique, Jean Rouaud évoque la période de 1983 à 1990 où il travaillait dans un kiosque à journaux de la rue de Flandre, tout en espérant parvenir à se faire éditer. 
L’auteur s’attache à décrire les pénibles conditions de travail dans un local très peu adapté aux changements climatiques, glacial l’hiver, brûlant l’été, ainsi que l’atmosphère qui régnait dans ce quartier populaire du Paris des années 80. Dans son style toujours vivant et attachant, Rouaud dresse le portrait haut en couleurs des habitués du kiosque, « loosers » touchants dont il se souvient encore des années après : Claude, « le vieil homo revendiqué qui feuilletait ostensiblement Le Gai pied », Norbert et « Chirac », sorte de Laurel et Hardy parisiens qui passaient leur temps à se chamailler mais ne pouvaient se passer l’un de l’autre. Et, bien sûr, celui qu’il nomme P., le responsable du kiosque, militant anarcho-syndicaliste « pacifique, méticuleux, honnête » qu’il a côtoyé pendant ces sept années.

Chronique d’une époque

L’auteur nous fait également revivre les événements marquants de cette époque, notamment le très décrié projet de la pyramide du Louvre, qui provoqua un tollé général, comme l’avait fait, dix ans plus tôt, celui du centre Pompidou. Il évoque également un temps où la France accueillait les réfugiés pieds noirs, cambodgiens, libanais ou turcs.

La genèse d’un roman

Mais l’auteur se penche aussi sur les doutes qui l’ont traversé lors de ces années d’écriture, alors qu’il désespérait de voir un jour son œuvre publiée, tant il avait essuyé de refus de la part des éditeurs, tant il avait reçu de lettres type lui signifiant que ses écrits ne correspondaient pas à leur ligne éditoriale. Il nous confie dans ce texte que le choix du sujet des Champs d’honneur a été motivé par deux événements : la découverte dans un livre d’une photo de son grand-père en uniforme de soldat de la Grande Guerre, qui lui fournit son sujet, et la lecture de cette phrase de Roland Barthes : « Je vais cesser d’être moderne », par laquelle il se sentit « autorisé » à écrire un roman de facture classique. En envoyant son roman aux éditions de Minuit, Jean Rouaud va faire une ultime tentative : « Je n’avais plus comme dernière carte que ce manuscrit sur l’histoire de mon enfance et de ses morts en série dont j’attendais qu’il me fasse entrer dans la vie. ». Tentative réussie.

Né en 1952, Jean Rouaud a reçu le Prix Goncourt 1990 pour son premier roman, Les Champs d’honneur. Son œuvre, qui comporte plus d’une quinzaine de romans et essais, et quelques pièces de théâtre, a été publiée aux éditions de Minuit, puis chez Gallimard et Grasset. 

Agnès

 

Prochain rendez-vous le samedi 13 avril à 15h

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